samedi 12 octobre 2013

La Thérapie orientée Solutions

Insoo Kim Berg et Steve de Shazer ont commencé à partir de 1978 à développer une forme de thérapie nouvelle au Centre de thérapie familiale brève (BFTC), une thérapie centrée sur la solution.

Paradigmes du modèle

Les problèmes sont considérés comme liés à une situation particulière dans laquelle se trouvent les personnes. La thérapie orientée solutions ne postule aucun désordre psychologique sous-jacent ni dysfonctionnement systémique (De Shazer, 1991, Putting Difference to Work)
La solution aux problèmes n’est évaluée que par le client et la thérapie s’arrête quand les personnes estiment que ça va suffisamment mieux. On se moque totalement des causes du problème.
Le changement dans une partie du système conduit à des changements dans le système entier, par conséquent, le nombre de personnes qui construisent avec succès le problème et la solution n’a pas d’importance.
Une thérapie peut être efficace même si le thérapeute ne peut décrire ce dont se plaint le patient. Il suffit de répondre avec le patient à : « comment saurons-nous que le problème est résolu ? »
La solution est un changement, nécessairement comportemental.
Les troubles impliquent un comportement induit par la vision du monde des patients (paradigme constructiviste)
Le but est d’initier un processus de solution plutôt que de stopper le schéma des troubles. Toute information sur une perception ou un comportement différent ou un accroissement de satisfaction est prise par le thérapeute comme un mouvement vers une solution.

Les prémisses fondamentales

  1. Si ce n’est pas cassé, ne réparez pas ! La thérapie n’est pas normative. Si ce n’est pas un problème pour le client, on ne s’en préoccupe pas.
  2. Une fois que vous savez ce qui marche, faites-le plus ! Recherche des exceptions au problème et amplifications des solutions déjà existantes.
  3. Si ça ne marche pas, ne recommencez-pas ! Faites autre chose ! Il ne faut pas continuer encore et encore la même solution ratée.

Les techniques

« La question miracle » permet aux personnes de visualiser et de ressentir la solution au problème. Se représenter la solution, c’est déjà la mettre en oeuvre.
L’utilisation des échelles d’évaluation (0 à 10) afin que les personnes évaluent comment serait leur situation si la situation évoluait (de 2 à 3 par ex)
La recherche systématique des exceptions à la règle du problème.
Créer des attentes de changement, par l’utilisation des auto-prédictions par exemple (décidez ce soir si demain sera une bonne journée…)
Les techniques travaillent toujours le changement qui a eu lieu depuis la dernière séance, même minime.
Des éléments incontournables sont mis en place dès la première séance : définition avec les patients du nombre de séances (de 5 à 10), de l’objectif de thérapie et de la façon d’évaluer les progrès accomplis.

L’essentielle première séance

Le thérapeute ne prend préalablement que le minimum possible d’informations concernant le client ou la famille.
  1. Présentation du cadre de travail
  2. Formulation du trouble : « qu’est ce qui se passe ? » Etape par étape, qui est impliqué dans le trouble ? Comment le trouble change-t-il selon la présence et les réactions des uns ou des autres ? Quelle est la fréquence de manifestation du trouble ?
  3. Recherche des exceptions : le client et le thérapeute ont besoin de savoir ce qui fonctionne bien et quand ça fonctionne bien. Demander aux gens d’observer ce qui depuis leur demande a déjà changé en positif.
  4. Détermination d’un objectif : le but aide à construire l’attente du changement à venir. Ce sont des buts précis, concrets, réalisables et personnellement définis. Comment les gens sauront-ils que le problème est résolu ?
  5. Les solutions. Toute la première séance doit être centrée sur l’absence de troubles. Parler des autres futurs possibles quand le trouble ne sera plus là pour aider.
  6. Pause et travail de cothérapie : qui porte essentiellement sur ce que font les clients et qui est bon pour eux, les exceptions au schéma du trouble, comment l’équipe imagine que seront les clients une fois le trouble évacué.
  7. Conclusion : en deux parties. Le « yes set » (Erickson) consiste à ratifier que ce que fait déjà le client est utile, bon et correct d’une façon ou d’une autre. Cela facilite l’empathie et la construction du lien de coopération. Ensuite les « indices » sont des suggestions thérapeutiques centrées sur des directives ou des taches concernant tout ce que les clients pourraient faire de bon pour eux et qui va du côté de la solution.
  8. Le message : demander au client d’observer, d’ici la prochaine séance, tout ce qui se passe dans sa vie de positif et qu’il voudrait voir continuer à se produire.

Les autres séances


Quelque chose a changé…
« Que s’est-il passé depuis la dernière séance que vous souhaitez voir continuer à se produire ? »
Le but de la thérapie devient d’aider le client à continuer dans les changements qui se sont produits.
La structure des séances reste globalement la même. L’espacement se fait dès qu’une amélioration apparaît dans la vie de la personne. L’espacement de base des séances est d’une semaine. Une séance de suivi à 6 semaines est proposée en fin de thérapie.
« En bref, notre point de vue est que les clients savent déjà quoi faire pour résoudre les troubles qu’ils apportent en thérapie : ils ne savent simplement pas qu’ils savent. Notre travail, comme thérapeutes qui nous occupons de thérapie brève, est de les aider à construire pour eux-mêmes un nouvel usage des connaissances qu’ils possèdent déjà » (Steve de Shazer, Stratégie de la thérapie brève)
Lectures conseillées :
 Ici                                                                                 là







Article écrit par Frédéric BERBEN
Psychologue clinicien, Psychothérapeute, Hypnothérapeute
Cabinet : 135 Rue du Ponceau, 53000 Laval. Tel : 06 78 24 44 45. Mail : cabinet.berben@orange.fr.

Le modèle de PALO ALTO

Les origines

L’Ecole de Palo Alto regroupe au départ des cliniciens et chercheurs exceptionnels autour du « projet BATESON«   : John WEACKLAND, Jay HALEY et Grégory BATESON.
G.Bateson a découvert que les individus se comportent de façon déterminée par les réactions de leur entourage. Pour lui, la Psychologie doit se focaliser sur le réseau relationnel de la personne et non sur son seul univers intrapsychique.

Des fameuses « conférences Macy » émerge une nouvelle science de la communication et du contrôle : la cybernétique.
Il s’aperçoit également qu’au sein des messages échangés, des ensembles de messages de différents niveaux d’abstraction peuvent entraîner une situation paradoxale.

John Weackland
La théorie de la « double contrainte » voit finalement le jour. La maladie mentale est considérée comme un trouble de la communication. C’est la concrétisation d’un nouveau paradigme dans les sciences humaines d’une importance considérable. Elle implique une vision systémique de la maladie mentale.
J.Haley et J.Weackland se rendent à Phoenix et rencontrent régulièrement Milton.H.Erickson. Leurs échanges vont marquer profondément les travaux de Palo Alto.
G.Bateson n’est pas très intéressé par la psychothérapie et ne souhaite pas limiter son champ d’étude à la seule schizophrénie. En 1959, Don Jackson fonde le Mental Research Institute (MRI) mais Bateson n’y participe pas. Virginia Satir ne tarde pas à rejoindre le MRI.
Le MRI porte une nouvelle épistémologie. La question centrale devient : comment modifier les règles du système familial pour que le symptôme porté par l’un de ses membres disparaisse ? L’objectif est de modifier la structure du système familial. Peu importe l’origine du problème, l’essentiel est qu’il s’exprime ici et maintenant.

Richard Fisch
Il n’est pas nécessaire que l’individu comprenne son rôle dans le maintien du problème, il faut modifier les règles relationnelles. Il s’agit d’entraîner un changement de comportement des membres du système pour modifier les interactions et que le symptôme devienne inadéquat et inutile.
Il faut plus observer les actions des gens que leurs interprétations. Commencent les séances filmées et enregistrées.
D’une attitude neutre et bienveillante, le thérapeute devient interventionniste. Il est un agent actif du changement. Il se met à prescrire des taches comportementales à réaliser pendant la séance ou à la maison.
Dès 1963, Jay Haley pose les bases de la thérapie brève : définition d’un objectif précis d’intervention, nécessité d’un rôle actif interventionniste du thérapeute, focalisation sur le présent plutôt que sur le passé, priorité au changement comportemental plus qu’à la prise de conscience, utilisation du langage injonctif et des techniques paradoxales comme vecteur de changement…
L’arrivée de Richard Fisch va précipiter la création en 1967 du Centre de Thérapie Brève, lequel a pour but de rendre intelligible une thérapeutique qui provoque le changement. Le nombre de séances est limité à dix. Le thérapeute doit fixer un objectif réaliste. On parle d’objectif minimal. Le rôle du thérapeute devient résolument actif.

Virginia Satir
Dans la lignée d’Erickson qui a beaucoup influencé mais est resté indépendant, l’objectif de la thérapie est le changement souhaité par le patient et l’important est d’avoir des résultats concrets.

Le modèle d’intervention

Il obéit à trois postulats de base :
Une difficulté habituellement passagère devient un problème lorsqu’elle a été gérée de façon inadéquate et que, la difficulté n’étant pas résolue, on répète la même solution, encore et encore (prémisse étiologique).
Un problème ne perdure que dans la mesure où il est maintenu par le comportement du patient ou les interactions entre le patient et son entourage (prémisse cybernétique).
Si le comportement qui alimente le problème est éliminé ou modifié de manière appropriée, le problème disparait et redevient une simple difficulté (prémisse de l’action thérapeutique).
Tout individu cherche à maintenir un équilibre face aux perturbations du milieu interne et externe. Tout changement significatif amènera donc une réponse de la personne visant à neutraliser la perturbation et rétablir un état satisfaisant.
Le cas échéant, la personne utilisera d’autres possibilités faisant partie de son répertoire comportemental et ceci jusqu’à ce que les conditions de perturbation disparaissent. Elle va s’adapter au changement.
Une fois une difficulté considérée comme un problème, si celui-ci n’est pas résolu, toutes les personnes qui en souffrent se mettent à l’exacerber, à travers un cercle vicieux, par des rétroactions positives inadaptées. La difficulté est traitée par des tentatives de solution qui ne font que l’intensifier.
L’objectif du thérapeute concerne l’ensemble de l’interaction patient-environnement et doit donc garder une position méta par rapport au problème du patient. Le thérapeute ne doit pas régler le problème mais faire en sorte que le patient trouve lui-même les moyens de dépasser ses propres comportements, retrouve des ressources de régulation autonome.
Le thérapeute est donc à la fois actif et observateur de sa propre interaction.
Son intervention va utiliser le propre cadre de vie du patient. Il doit répondre aux questions suivantes : qui souffre de la situation ? Quel est le problème ? Quelles ont été les tentatives de solution ? Quel serait l’objectif minimal indicateur d’une amélioration ?
Il convient d’abord de définir celui qui dans le groupe familial supporte le moins la situation et va mobiliser le plus le changement. Il potentialise par ses actions les résistances des autres et donc l’homéostasie.
Le thérapeute fait décrire le plus précisément possible les conditions de survenue du problème et les interactions qui s’ensuivent. Il travaille sur un problème circonscrit, avec des séquences comportementales claires.

Les tentatives de solutions

C’est le concept phare du modèle de Palo Alto. En cherchant la caractéristique commune à tous ces essais infructueux, le thérapeute obtient une information d’un niveau supérieur sur l’attitude générale du patient à l’égard de son problème.
Le travail se fait à la fois au niveau cognitif (recadrage) et comportemental (injonctions)

Un objectif réaliste

« Cherchez toujours un objectif concret dans un futur proche » (M.H.Erickson)
Il faut amener le patient à faire une expérience relationnelle différente. Il va alors la renouveler, l’étendre, la généraliser jusqu’à devenir une classe de comportements.
Lorsque l’objectif est limité, le patient voit plus facilement les améliorations, sa motivation est augmentée, il s’attribue plus facilement la responsabilité de la bonne évolution.
C’est le patient qui fixe lui-même l’objectif de la thérapie mais le thérapeute aide à la formulation de l’objectif : « quel serait pour vous un pas minime mais significatif qui vous amènerait à dire que votre problème est en passe de s’améliorer ? ». Le focus se fait sur ce que le patient considère lui-même comme un changement favorable. Le thérapeute n’est pas l’expert.
Si le thérapeute adopte une position basse permanente, il doit rééquilibrer la relation en ne dérogeant pas à son cadre.
Le questionnement dans la clarification du problème permet de caractériser les choses sous un angle moins pathologique et non diagnostique mais plus contextuel, ce qui libère le patient.

Stratégies de changement

L’acte thérapeutique essentiel est d’amener le patient à renoncer à ses tentatives de solutions inadéquates. Il fait l’expérience d’une interaction différente avec son environnement. Une diversité apparaît dans ses conduites, il a fait preuve de créativité.
Les comportements du patient sont sous-tendus par des prémisses cognitives génératrices de problèmes. Le thérapeute doit d’abord discerner la cohérence de ces prémisses, le « langage » du patient et modifier cette vision du monde pour « recadrer » le problème et faciliter le changement de comportement souhaité.

Les injonctions de comportements

Le thérapeute propose un changement comportemental à 180 degrés. Il demande de faire l’inverse de ce qui était fait comme tentative de solution.
Human planète terre les yeux comme vision du monde de la perception du futur et mondiale dans les affaires internationales et de la politique par le biais de communications et les connexions réseau Internet que les Nations Unies de personnes de tous les pays comme un seul homme. Banque d'images - 12353884
Le patient change son regard sur son monde
Mais le thérapeute doit prendre garde au type de relation établi avec le patient, à la position de son patient et au langage du patient (explicitant sa vision du monde)
Définition de la relation : bien entendu, le lien de coopération doit être solide pour proposer une tache paradoxale.
La position du patient est l’ensemble des croyances, des valeurs et des priorités personnelles qui déterminent les manières d’agir ou de ne pas agir par rapport au problème en question. Si la tache proposée rencontre l’attitude émotionnelle dominante (colère, peur, abnégation, souffrance…) du patient face au problème, elle sera acceptée et mise en oeuvre.
L’injonction doit établir des liens implicites avec ce niveau émotionnel pour éviter des réactions défensives. La position du patient est un concept subtil, au thérapeute de saisir, dans le cours des conversations, la façon dont le patient ressent la situation. C’est une position non normative, il ne faut surtout pas « faire prendre conscience » au patient de l’inadéquation de son comportement.
Cerner la structure et la logique du « langage » du patient.
Valider la vision du patient (pas d’attitude critique)
Introduction de nouveaux éléments dans cette vision (variété)
Proposition d’actes spécifiques qui vont tenter de modifier de façon comportementale la manière dont le patient tente de trouver des solutions à son problème (recadrage)
Le recadrage : tout individu organise cognitivement et émotionnellement son contact au monde. Cette structure mentale est hiérarchiquement organisée et possède sa propre cohérence.
Les injonctions sont des directives paradoxales. Dans un cadre censé apporter le changement, le thérapeute va prescrire de ne rien changer, il cherche la saturation du problème.
Ne pas fournir de solutions.
Ne pas prendre une position experte, plutôt conserver une relation égalitaire (sauf pour le maintien du cadre et la prescription injonctive). « Je ne peux vous aider que si vous m’aidez à vous aider »
« La première chose à faire en psychothérapie est de ne pas contraindre l’être humain à modifier sa manière de penser, il est préférable de se ranger à ses vues, de les modifier peu à peu et de créer des situations dans lesquelles l’individu modifiera lui-même volontairement sa manière de penser » (M.H.Erickson, in Zeig, la technique d’Erickson)
En retenant une vision « constructiviste » de l’esprit humain, il devient évident que le patient peut modifier par lui-même son mode d’appréhension du monde pour peu que le contexte se modifie.
Pour faciliter la potentialisation des capacités de changement du patient, le thérapeute doit se placer en position basse. Une attitude pessimiste, validant les échecs, crée un contexte favorable, un défi à relever.
Douter du bien-fondé de l’amélioration est une technique qui permet de neutraliser les craintes qu’entraine toute perspective de changement, même positif.

Les différences avec l’approche psychanalytique

  1. La durée du traitement : une dizaine de séances.
  2. L’absence d’intérêt porté au passé : seul le présent détient les clés de la solution.
  3. L’analyse fige les modèles de représentation du monde que le patient possède déjà. Dans une optique constructiviste, les théories sont transitoires et changeantes.
  4. Le contact au monde n’est pas seulement cognitif, il ne s’agit pas essentiellement de comprendre mais d’être en interaction, dans de nouveaux mouvements adaptatifs.
  5. Le thérapeute n’est pas neutre, il est actif et interventionniste.

Lu pour vous :
Recueil d’articles fondateurs, une partie théorique et une partie pratique passionnante pour les cliniciens.
Ouvrages de référence de J.HALEY


Article écrit par Frédéric BERBEN
Psychologue clinicien, Psychothérapeute, Hypnothérapeute
Cabinet : 135 Rue du Ponceau, 53000 Laval. Tel : 06 78 24 44 45. Mail : cabinet.berben@orange.fr.

Carl WHITAKER et la thérapie Symbolique-Expérientielle

Pour Carl WHITAKER (1912-1995), la croissance de l’individu surgit de l’expérience émotionnelle et le rôle du thérapeute est central, l’expérience que vive les membres du système thérapeutique étant fondamentale. L’épanouissement du patient en est le but.
Cette thérapie se fonde sur une conception phénomènologique existentielle de l’individu reposant sur deux constats :
  1. C’est par l’expérience que l’on apprend le mieux
  2. Personne ne peut apprendre aux familles à modifier les processus qui régissent leur vie
Le thérapeute n’intervient que comme catalyseur de changement.
L’importance est mise sur l’importance de la spontanéité et de l’expérience vécue ici et maintenant. Philosophiquement, le modèle se rattache à la pensée constructiviste. Quelle réalité la famille s’est-elle construite ? Le thérapeute n’a aucun système de valeurs à imposer.
la thérapie permet aux membres de la famille d’exprimer leurs perceptions individuelles et leurs constructions de la réalité familiale. Le thérapeute encourage la confrontation des émotions contradictoires. Il est un coach.
Whitaker s’utilise lui-même en thérapie, ce qui lui fait dire que le plus important en thérapie est la personnalité du thérapeute. Il développe une technique de jeu où la communication symbolique avec les clients est centrale.

Objectif de thérapie

L’objectif premier est l’intégration du monde de l’expérience et de celui des symboles. Ce que nous apprenons de nos expériences dépend de l’intensité de nos engagements. Les symboles génèrent nos perceptions et notre identité.
Dans les familles dysfonctionnelles, il existe une coupure entre le monde des expériences et celui des symboles et les membres ont du mal à utiliser les informations pour remodeler d’anciens modèles ou en créer de nouveaux.

La typologie des langages

  1. Le langage de la souffrance et de l’impuissance permet d’abord l’expression des difficultés. Il faut relever les « fragments du symbolique » noyés dans le discours (des signifiants)
  2. Le langage des déductions est utilisé par le thérapeute pour destabiliser les symboles familiaux dysfonctionnels. Il met en évidence que les symptômes n’existent pas chez un seul individu.
  3. Le langage des options est utilisé plus tard dans la thérapie pour intervenir directement dans le monde des représentations de la famille et le remodeler. Il s’agit de pousser les limites de la créativité.
  4. Le langage des changements dans la symbolique familiale et les interactions.

Les 4 étapes de la thérapie

  1. La bataille pour la structure : le thérapeute indique que c’est lui qui fixe le cadre. Il doit faire sentir qu’il n’a aucune intention de devenir un membre de la famille. Dans cette phase, le thérapeute reste à distance.
  2. La bataille pour l’initiative : le thérapeute est moins directif, la famille doit prendre ses responsabilités par rapport à la thérapie. L’initiative doit venir de la famille. Le silence peut aider à faire monter l’angoisse. On peut se retirer, provoquer, séduire, déstabiliser et introduire une confusion qui va l’amener à prendre l’initiative d’une réorganisation.
  3. L’épreuve du travail : activer le stress, stimuler la croissance, encourager la créativité. Le thérapeute active le stress par la confrontation et l’amplification des divergences. Cela permet d’augmenter la pathologie jusqu’au moment où les symptômes s’autodétruisent. Le thérapeute devient plus fou que ses patients (en utilisant leur façon d’être fou). Il favorise aussi l’intimité et la proximité dans la famille en racontant des histoires, fantasmes, rêves, idées absurdes qui ensemencent l’inconscient des patients.
  4. La fin de la thérapie : Le thérapeute se retire, son rôle se bornant à offrir un lieu de réunion. Il manifeste qu’il ne veut pas faire partie de la famille et peut demander des conseils pour sa propre situation, plaçant les patients désormais en ressources.
Whitaker insiste sur l’importance de la supervision et de la possibilité d’une séance avec un autre thérapeute lorsque la situation est bloquée. Le thérapeute peut en effet avoir un sur-attachement ou au contraire un sous-attachement à la famille qui entravent le lien émotionnel de coopération.
Lectures conseillées :
ici                                 là
Article écrit par Frédéric BERBEN
Psychologue clinicien, Psychothérapeute, Hypnothérapeute
Cabinet : 135 Rue du Ponceau, 53000 Laval. Tel : 06 78 24 44 45. Mail : cabinet.berben@orange.fr.

J.HALEY et l'approche structurale

Les travaux de Jay HALEY (1923-2007) sont indissociables du « projet BATESON », du MRI et de la coopération avec Milton.H.ERICKSON. (voir les onglets sur ce dernier et sur S.Minuchin)
Dans la thérapie stratégique, le thérapeute doit se montrer actif, directif, habile, chaleureux et respectueux.
Une stratégie spécifique est mise au point pour chaque problème.
Il est nécessaire de construire et de maintenir en permanence un lien de coopération avec le patient. La résistance à la thérapie résulte des erreurs commises par le thérapeute.
Jeu et humour sont fréquemment utilisés pour travailler à l’intérieur de la vision du monde du patient. Le thérapeute utilise le bon sens comme outil principal.

La première séance

Elle est fondamentale dans la mesure où elle contient le condensé du processus thérapeutique tout entier.
J.Haley y distingue 5 phases :
  1. La rencontre : construction du lien de coopération.
  2. L’exploration du problème : qu’est-ce-qui se passe ?
  3. L’interaction : circularité de l’interrogation par rapport à ce qui se passe, actes, démonstration éventuelle du problème en séance.
  4. La fixation de l’objectif : contrat thérapeutique exprimé en termes pratiques et exploitables.
  5. La définition des tâches : en lien direct avec le contenu de la séance et favorisant la réappropriation des processus de changement par les patients.

Cloé MADANES
La thérapie stratégique nécessite une grande souplesse dans la mesure où chaque situation est unique. Elle dure en général une dizaine de séances, les deux premiers tiers pour résoudre le problème présenté, le dernier pour consolider le changement.
Le succès est généralement défini comme une adaptation réussie à une nouvelle étape de la vie. Le thérapeute peut prescrire une rechute, cette prescription paradoxale ayant pour effet de potentialiser l’énergie du patient pour maintenir le bon changement.
Les clients sont invités à des séances de « contrôle » périodiques. Il s’agit d’assurer un suivi et de maintenir présente l’influence de la thérapie.

Les cycles de vie de la famille

Toutes les familles passent par des cycles de vie normaux et incontournables : la création du couple, la naissance du premier enfant, etc… (voir Uncommun Therapy, 1973). Le thérapeute doit avoir une connaissance la plus pointue possible de ce qui est normal à différents âges et stades de la vie.
Il faut se représenter ainsi la vie d’une famille comme une succession de séquences où des changements entraînent des crises puis des rééquilibrages par de nouveaux apprentissages. C’est un processus permanent.

Techniques stratégiques

4 variables permettent de décortiquer un problème présenté : acronyme PUSH :
  1. La protection : la façon dont certains membres d’une famille tentent d’en aider d’autres de façon inefficace. Le thérapeute va tenter de substituer une protection efficiente à une protection pathogène. Ce concept permet également de considérer le symptôme comme une incompatibilité hiérarchique, le patient se plaçant à la fois en position supérieure et inférieure (Madanes)
  2. L’unité : le triangle est l’unité de construction fondamentale. Il permet de considérer le fonctionnement en dyade, la triangulation, la coalition, la hiérarchie.
  3. La séquence : l’ordre séquentiel des interactions impliquées dans le problème incriminé. Ordre linéaire ou circulaire, il convient d’assainir les séquences et d’instaurer une hiérarchie plus fonctionnelle. Il s’agit en général de trouver des séquences d’apaisement.
  4. La hiérarchie : c’est décrire l’expression de l’attachement, de la protection et du pouvoir entre les générations; la capacité d’imposer les règles mais aussi de protéger, d’apaiser et de satisfaire.
C. Madanes montre comment le symptôme peut être compris comme une métaphore de l’état interne d’une personne mais aussi comme une métaphore des relations entre les membres d’un groupe. (voir Strategic Familiy Therapy)

Les directives paradoxales

  1. La résistance à une amélioration (emprunté à M.H.Erickson) : le thérapeute demande aux clients de s’empêcher de changer.
  2. La prescription de symptômes (emprunté à M.H.Erickson) : continuer à avoir le symptôme qu’ils se sont engagés à changer.
Ces deux techniques ont pour objectif qu’en réaction à la demande du thérapeute les clients résistent en changeant d’une façon qui résout le problème présenté.
C. Madanes a développé une technique où il s’agit de faire semblant d’avoir des symptômes. Il s’agit d’amener à un certain degré de contrôle des symptômes qui sont en même temps décrits comme incontrôlables.

Une thérapie directive doit être coopérative

Le thérapeute doit connaître le problème et le contexte de survenue, il est sympathique, compétent, empathique.
Les clients doivent penser que le thérapeute a compris le problème.
Ils doivent croire que le thérapeute les aime bien.
Le thérapeute doit penser qu’il sait ce qu’il fait pour le faire en cohérence avec ce qu’il montre et les clients doivent en être convaincus.
Le client sait que le thérapeute est capable de ressentir ce que ça fait de se retrouver dans la situation difficile où il se retrouve.

Sex, love and violence

Titre d’un ouvrage de C.Madanes où elle expose que dans l’espace métaphorique de la famille 4 dimensions s’affrontent en permanence : la domination et le contrôle, le désir d’être aimé, l’amour et la protection, le repentir et le pardon.
  1. Domination et contrôle prévalent : familles violentes, délinquantes…
  2. Désir d’être aimé prévaut : troubles alimentaires, phobies, dépression, angoisses…
  3. Protection : possessivité, violence, obscessions, ts, abus, négligences…
  4. Repentir et pardon : violences sexuelles, perversions, irresponsabilité…
Lectures conseillées :
ici                                                              là







et ici 










Article écrit par Frédéric BERBEN
Psychologue clinicien, Psychothérapeute, Hypnothérapeute
Cabinet : 135 Rue du Ponceau, 53000 Laval. Tel : 06 78 24 44 45. Mail : cabinet.berben@orange.fr.